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Il n'y a pas si longtemps, moi, mes copines et copains,
sortions du cinéma emplis de vie.
Dissimulés entre les pare-chocs des « dauphines », ou devant
le capot des « deux chevaux », cachés dans l'angle des hautes portes cochères,
nous prolongions le merveilleux rêve que venaient de nous délivrer les images :
duels au fleuret, poursuites à cheval, aventures trépidantes, inquiétantes,
burlesques, et, suprême expérience, baiser à la princesse prisonnière en sa
tour. Mythe ou réalité ?
Il n'y a pas si longtemps les cinémas s'appelaient
Clichy-Palace, Monte-Carlo, Gaité-Clichy, Gloria.. Le soir venu, tout doucement, dans l'air frisquet de
l'automne roussissant, nous quittions nos rôles, déposions nos armes et nos masques
et, mine de rien, redevenions nous-mêmes.
Seul restait, flottant autour de nous comme une aura de
mystère, la frontière d'un pays de cocagne, le pointillé d'un rêve qui s'évanouissait
dans un étrange sentiment de béatitude joyeuse et mélancolique à la fois : LE
BONHEUR !
Bonheur d'avoir vécu des vies incroyables, d'avoir éprouvé
des sentiments qui nous faisaient grandir, d'avoir entrevu des images interdites,
d'avoir pleuré en cachette ou ri un peu trop fort dans l'atmosphère moite de
ces salles obscures où vibrait à l'unisson ce commun sentiment de bien-être,
cette évasion collective vers une promesse de mieux, magiques sensations
portées loin sur l'écran de nos intimités par le faisceau bleu du projecteur
où tournoyaient de minuscules étoiles filantes vers LE BONHEUR !
Si, depuis bien longtemps, le "cesser le feu" des
batailles de cow-boys à été prononcé, et les chevaux reconduits aux écuries du passé,
les discussions passionnées, enflammées, acharnées se sont également éteintes.
Eteint aussi cet inexplicable sentiment d'avoir connu "autre chose",
expérimenté d'autres idées, découvert d'autres façons d'être, possibles ou
impossibles, mais d'avoir eu accès à un monde différent et pourtant si proche. Avoir
ri ! Avoir rêvé !
Comprenons-nous bien, il ne s'agit pas de déplorer un passé,
un paradis perdu, une jeunesse, un "c'était mieux avant", du temps des lampes
à huile et de la marine à voile, non pas, mais bien d'observer que la plupart
de nos cinéastes ne nous servent plus désormais qu'une froide image de nous-mêmes,
le film documentaire de nos propres vies, allongé à l'infini dans la grisaille
de nos "psychoses", ne nous tendent plus que le miroir inquiet de
notre époque dans lequel s'agitent nos soucis, évoquant involontairement les silhouettes
dérisoires et sautillantes d'antiques films muets.
Ce peut-être un cinéma. Ce ne peut-être tout le cinéma.
Rendez-nous la vie, la joie, la vitesse, l'émerveillement,
la musique, les couleurs, rendez-nous des histoires, belles, tristes, drôles, inquiétantes,
mais des histoires qui racontent des choses étonnantes, des choses
surprenantes, ahurissantes, des histoires avec des paysages de soleil, de mer,
de vent, de forêts, de planètes, de vie..Rendez nous le cinéma, le vrai ! Faites
bouger des images afin que bougent nos idées.
Rendez-nous LE BONHEUR de se retrouver ensemble et de
partager des sentiments comme les parts d'un gâteau d'espoir à dévorer à
pleines dents.
Et cessez d'impitoyablement nous ouvrir cette "fenêtre
sur cour" grise et ennuyeuse, où se morfondent dans une pesante ronde nos
inquiétudes et nos difficultés. Nous ne les connaissons que trop !
Alors, désembuez vos objectifs, faites un grand courant
d'air d'images et de sons, affûtez vos crayons, mélangez le tout et servez très
vite.
Redonnez-nous l'envie de dire, enthousiastes : - Ce soir, on va au cinoche ! - Pour voir quoi ? - UN FILM BONHEUR !
Jean-Claude
Rocle jcrocle@filmsbonheur.com
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